LUDOVIC   B.A

Du Morvan à l’Extrême Orient

By 17 novembre 2018 En chemin

Depuis 2009 nous avons donné soixante dix concerts au Japon lors de 6 tournée et collaboré avec plusieurs artistes . Notre tournée 2019 marquera 10 ans d’allers et retours et sera l’occasion de belles collaborations que nous vous dévoilerons prochainement. En attendant, retour en images sur les années précédentes. Aussi, petit voyage illico au Japon, avec l’extrait d’un texte d’une publication partagée il y a quelques temps et qui m’émeut toujours quand je le relis, et aussi avec un texte évoquant Kyoto la belle.

                  

 Extrait d’un texte publié sur facebook en 2016, à l’issue de la tournée :

« Au cinéma de Toyooka, dans la salle des machines, devant l’autel entouré de nus plus ou moins douteux, le boss nous a dit :  » plaisirs pour les Dieux  » … c’était le dernier concert de la tournée ! Plaisirs pour les Dieux aussi que de passer d’un monde à l’autre, d’Est en Ouest … souvent à l’Ouest surtout ! Mais bien vibrants et présents pour y semer quelques douces et bonnes graines ! Des trains et des bus pour s’enfoncer loin dans le pays, des villes tentaculaires, des campagnes étranges et belles de cette étrangeté, des jours et des nuits qui se sont enchaînés avec très peu de sommeil parfois, des visages magnifiques et des sourires radieux, la beauté sonore de la langue Japonaise, des oiseaux rares… On y reviendra !  Un dicton populaire dit :  » Aitsura wa kitsune to tanuki da !  » ( Ces types sont comme renard et tanuki ! ) . J’aime ce dicton ! D’ailleurs que ce soit dit en passant : Ne laisser pas traîner vos chaussettes dans la campagne par ici car le tanuki adore embarquer les chaussettes … Surtout les grosses chaussettes d’hiver en laine !! Bon bah va falloir rentrer à un moment quand même … Pour le moment on respire encore un peu l’air d’ici !

                                                                                                         Kyoto 

À ceux qui n’ont pas encore éprouvé les lignes de leur vie écrites au creux de cette paume, je leur parlerai de Kyoto comme d’une ville blottie dans un songe à l’écart du monde. Elle ne connait des passions que ce qu’elle en invente  au fil de sa rivière, autour de laquelle elle se déploie et qui brille de millions de reflets.

Sur les berges de la Kamogawa, quand le soir vient et que des airs joués par des musiciens s’élèvent et se mêlent aux lumières du ciel, on comprend que de là, au bord de cette eau, on peut voir et ressentir parfaitement cette ville. Il faut laisser s’y diluer le poids de la marche et de la fatigue du jour dans la rêverie. Alors nous reviennent comme une grande clarté ces figures qui émergent de la nuit des temps et qui hantent les rues de Kyoto : courtisanes aux robes d’érable, arbres aux mains gracieuses, visages blancs lumineux…

Au bord de ces eaux, on croise des regards baignés dans la douceur, des mères comblées par leurs enfants, des hommes seuls, des silhouettes de filles légères, des amants lumineux. Les âmes errantes, elles, passent furtivement ici avant de s’enfoncer plus au nord, là où la ville se tait dans un bruissement de forêts sombres, elles fuient cet éblouissement des racines. Car d’ici, chaque passant peut voir l’état de sa vie, comme on regarde une étoffe tissée instant après instant, voir la précision implacable de sa trame.

Kyoto est une ville de révélations.

Ici, dès que commence la belle saison, d’un jour à l’autre en avril, on a la dangereuse sensation d’être pris au piège d’un été qui dure mille ans : chacun peut alors comprendre sa propre dérive, impuissant.

Cette ville sans doute a été bâtie par des sages qui souhaitaient la protéger de l’avidité des hommes. Pour cela ils ont dû user d’une telle énergie que depuis, celui qui s’y laisse aller s’y noie. Les aigles qui viennent chasser à la rivière, gardiens des mémoires anciennes, connaissent cette histoire. Ils la racontent aux hommes, à leurs manières… du moins comme on dit : ils la racontent à ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. À ceux qui n’entendent pas, qui ne voient pas, ils viennent par surprise, à toute vitesse, arracher le pain de leurs bouches, et la griffure de leurs serres acérées, comme un éclair, les sorts de leur torpeur.

Kyoto, cernée de vallées profondes et sauvages, abrite en son sein le secret de l’équilibre du Japon. Dans ce pays où la terre tremble sans cesse elle est, comme le dit l’écrivain Mickaël Ferrier, le “pivot de l’éventail”, la ville droite, ancrée à la verticale du ciel. Malgré son dessin d’une apparente simplicité, Kyôto est une ville labyrinthe où chaque porte est une énigme qui résonne au voyageur égaré comme une sommation à répondre de lui-même.